Carnet de route

Une belle première à la grotte de Balme !

Le 10/10/2021 par Lucien

On se rappelle toujours de sa première fois. La première via ferrata, la première sortie en ski de rando, la première fois qu’on chausse des crampons, la première grande voie… Il aura fallu que je dépasse la quarantaine pour que je découvre avec mon fils les joies de la spéléo, une première donc.

La sortie commence réellement le jeudi soir, où nous attend patiemment Ghislain, notre initiateur, assis à une table. Calme, respirant la sérénité, il nous inspire directement confiance. Il nous explique le plan, nous fait entrevoir les merveilles qu’il s’apprête à nous faire découvrir. Nous avons hâtes.

Le dimanche est vite là, 8h30 au Rosay, 9h au parking devant le sentier qui accède à la grotte. L’équipée se compose de Ghislain, notre guide, Olivier et Marion un couple de ses amis, amoureux des montagnes, de Samuel mon fils de 10 ans et moi-même. Débute l’étape de l’habillage, un vrai passage initiatique, trouver la bonne taille, ne pas trop s’habiller en dessous, les bottes d’abord, non ça ne passe pas, on enlève, on recommence. On se sert de bouts de chambre à air pour serrer le bas des pantalons. L’eau ne passera pas, c’est sûr. Une petite photo de nous tout propres et c’est parti.

Une petite marche d’approche et nous y voilà. La grotte possède une belle entrée, réglementée un temps comme en témoigne une grille en fer. C’est ouvert, l’exploration peut commencer. On allume les frontales, fixe correctement les casques. Au début ça déroule, on avance vite, quelques flaques, mais on réussit à ne pas trop se tremper, on joue les équilibristes, en écartant les jambes, les bras. On passe vers un puit de 8 mètres plein d’eau, ça glisse. On le contourne et on continue notre périple, puis arrive à une sorte de chatière en métal, là il faut se faufiler, on met un peu les avant-bras dans l’eau. Ce n’est que le début…

Le premier siphon arrive, on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Moi, j’ai dans la tête l’image du siphon sous le lavabo. Sam me demande si on va être aspirés au fond… Il n’en est rien. On marche à quatre pattes, baisse un peu la tête, met les mains dans la boue, mais rien de terrible. On arrive assez rapidement dans une grande salle où l’on découvre le fameux voile de la mariée. Chouette. On s’installe devant le spectacle. On éteint un peu les lampes, il fait réellement noir, très noir.

On reprend en direction de la grotte des Comitards, une autre ouverture un peu plus haut dans la falaise. Ça monte raide, ça glisse, des marches sont taillées à force de passage. Au sommet, la paroi est parsemée de tâches de boues éparses, d’autres groupes ont dû s’en donner à cœur joie en se jetant de l’argile. C’est tentant. Les concrétions apparaissent tout au long de notre progression, stalactites, stalagmites. Il y a des formes fascinantes, des oreilles d’éléphant qui résonne lorsqu’on les tapote avec les doigts, des gouttelettes d’eau qui brillent intensément et qui font l’effet de petits cristaux.

Justement la salle des cristaux, on y va. Mais d’abord il faut faire le chemin en sens inverse, repasser devant le voile de la mariée, avec respect, puis on descend, dans les entrailles de la Terre, direction la salle d’Outre Tombe. On découvre de multiples bassins qui s’enchaînent, des passages sympas avec de l’eau qui ruisselle. D’après Ghislain, là ce n’est rien, c’est parfois beaucoup plus humide, même si ça reste une grotte sèche. On est chanceux donc. Mais cela n’empêche pas qu’on se retrouve à ramper dans la boue. On n’a pas souhaité passer par l’entrée des Suisses, « des feignants », on a préféré contourner pour emprunter l’entrée des français. Sacrée salle, on monte à l’intérieur cahin-caha, « Plante l’avant des pieds pour ne pas glisser » glisse Ghislain à Sam, on se croirait dans « le sommet des dieux », version boue et sous la terre. L’eau ruisselle davantage ici, heureusement un tuyau installé intelligemment évite au passage de n’être plus scabreux qu’il n’est déjà. Merci aux explorateurs, qui nous ont mâché le travail.

On repasse par ce passage étroit puis on prend la direction de la salle des cristaux ce coup-ci. On arrive aux lacs de boue, qui n’en sont visiblement pas et tant mieux. On est bien trempés, mais c’est palpitant. Puis arrive le coude des cristaux, on reste un moment ébahis, à scruter les petits cristaux de quartz accrochés de partout à la roche, tels de petits champignons juste éclos. C’est fragile, « pas touche ! » Un passage très étroit nous conduit à la fameuse salle des cristaux, je reste un peu coincé, mes mains glissent, pas moyen de remonter, je me retourne, agrippe un peu la roche, réussis à monter une hanche, me remet à plat ventre. J’ai l’impression d’être un gros morse tout pataud. C’est plutôt drôle. Ce que nous découvrons dans cette salle des cristaux nous laisse pantois. Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher la surprise aux futurs initiés. Il y a une petite cascade au fond, accessible en passant dans un trou, magique.

Nous jetons un œil à la salle du chaos, où de gros blocs déposés de manière disparate nous invitent à faire demi-tour. Au retour, chacun se prête au jeu du guide et à chaque croisement, nous essayons de déterminer par quel chemin nous sommes venus. Ce n’est pas simple et nous nous trompons plusieurs fois, même avec le plan. Ghislain nous laisse à chaque fois partir dans la mauvaise direction, amusé. A un moment même, alors qu’on est en train de passer, avec brio certes, un passage rudement compliqué, mi-escalade, mi-glisse et tout en déséquilibre, on voit arriver tranquillement notre guide par en-dessous. « Ben alors ? ».

Depuis combien de temps explorons-nous ? C’est difficile à dire. Au passage de la chatière au retour, un peu d’air souffle de nulle part, on a l’impression d’être dans la série « Dark ». On se dit qu’on va peut-être ressortir à une autre époque, tomber en face de quelques Monchus venus s’ébaubir en belles robes et hauts de formes dans les premières longueurs de la grotte. Mais rien de tel ne se passe. Quatre heures se sont écoulées, nous sommes toujours en 2021. Nous sortons en plein soleil. Les bottes font flop flop.

Merci Ghislain pour cette découverte, c’était une belle première. Et elle a clairement un petit goût de reviens-y !

Lucien







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