Carnets de route

Raid en Otztal

Ski de randonnée

Pour moi le raid commence à partir du moment où l’on prépare son sac.

Lorsque l’on met un objet dans son sac, on s’imagine déjà en train de l’utiliser là-haut. On essaye de penser à toutes les conditions que l’on peut rencontrer afin de prévoir tout le matériel nécessaire dans le but d’être en sécurité et d’avoir un maximum de confort.

Le voyage s’imagine alors entre excitation et appréhension….

Bienvenu en Otztal, bienvenu dans mon voyage.

Samedi 23 Mars 2019 5h15, Cluses, j’attends mes compagnons la tête un peu embrumé par le réveil très matinal. J’ai hâte de revoir ceux avec qui j’ai lié des liens lors des précédents raids et j’ai hâte de découvrir les nouveaux.

Cette fois-ci j’ai tout prévu pour le voyage en mini bus, un petit oreiller pour pouvoir m’isoler de la fraicheur de la vitre, de grosses chaussettes pour m’isoler de la fraicheur du sol. Tout l’équipement pour pouvoir m’assoupir et me laisser bercer par la douce conduite de Dédé, notre pilote habituel.

Le déplacement durera 8h, entrecoupé de pauses techniques, de siestes, de discussions et pendant tout ce temps, notre Dédé a tenu bon avec maîtrise et concentration!

Nous arrivons à Obergurgl (1910m), sous un grand soleil, commune de Solden, station de ski connu mondialement. On gare le minibus sur une place au bord de la route en espérant être en règle. Après un picnic où j’ai mangé à tous les râteliers car j’avais oublié mon d’witch dans le frigo, nous nous préparons pour partir faire notre raid.

Merci Claudine pour le pâté maison ! Promis, l’année prochaine j’oublierai encore mon picnic !

On chausse de l’autre côté de la route et nous quittons le bitume et les voitures pour 6 jours ! On monte tranquillement pour rejoindre les pistes de Obergurgl puis notre premier refuge Langtalereck Hütte (2438 m).

Ambiance surchauffée et ultra bruyante dans ce refuge qui contraste avec ce à quoi je m’attendais par rapport à la Silvretta visitée deux ans auparavant. Bien moins chaleureux et confortable.

Dimanche 24 Mars, réveil à 7h enfin 6h car Claudine avait anticipée le décalage horaire prévu la nuit du 30 au 31 Mars! J’avais oublié comme on pouvait mal dormir en refuge….

Motivé par l’excitation générale du dortoir et le ciel bleu qui se devinait au travers les vitres légèrement embuées de la pièce surchauffée, je me sors des couvertures.

Après le petit déjeuner et la préparation du sac et du bonhomme, on sort du refuge.

On démarre la rando par une descente sur neige bien dure tout à l’ombre pour rejoindre l’entrée d’une gorge impressionnante comme son nom : « le couloir de la mort ». Nous n’avons pas croisé la faux dans cette curiosité géologique mais une ambiance toute particulière que j’ai trouvé ludique et originale.

La traversée a duré un peu prés 30min ce qui nous a permis de nous échauffer entre portages de skis, conversions athlétiques et j’en passe.

La récompense fut l’accueil du soleil ce qui a changé radicalement l’ambiance et c’est via une traversée exposée, qui a mobilisée la concentration de tout le monde, que nous avons rejoint le col de Schalfkogel (3375m).

La descente était prévue initialement skis aux pieds via un couloir raide et exposé. Finalement le manque indéniable de neige nous obligera à le descendre crampons aux pieds et skis au sac. Heureusement un câble nous a bien aidés.

Après un pic nic, nous rejoindrons le refuge Martin-Busch (2501m).

Lundi 25/03, la pire météo de la semaine. Nous partons sur le plat, quelques nuages accrochent les sommets mais la visibilité est bonne. Avec l’altitude, quelques flocons nous accompagnent mais le ciel bleu n’est pas loin.

On arrive à un col avant l’arête du Similaun (3606m) où un très fort vent nous accueil.

Nous y déposerons les skis et nous irons rendre visite à la croix sommitale via une arête très facile. La visite du sommet fut express tant le vent était fort. La visibilité était limitée mais le ciel était bleu.

Sans trop tarder nous entamons la courte descente vers le refuge Similaun (3019m).

La soirée fut agitée par une tempête, la vue des fenêtres était impressionnante, des congères se sont formées et on avait l’impression de voir tourner une machine à laver !

Mardi 26/03, la plus petite étape du raid. Une récup en quelque sorte. Au réveil, la vue sur l’extérieure nous a rappelé de mauvais souvenir par rapport au vent et à l’expérience de l’année passée en Ortles. Nous avons alors adopté la meilleure stratégie que nous avions expérimentée l’année passée : attendre.

Conforté par la vision des randonneurs faisant demi-tour, on a eu l’impression de se revoir…

Nous attendons 9h30 pour se décider à affronter les éléments.

Finalement, l’itinéraire était bien protégé du vent, plus de peur que de froid !

A peine 500m de dénivelé plus tard le Fineil Spitze (3516m) nous tend les bras mais notre chef de course bienveillant a jugé dangereux son ascension au vu du fort vent qu’il y a eu toute la nuit. On redescend donc vers la station de ski et via une petite remontée nous atteindrons le refuge Schöne Aussicht (2842m) aussi appelé Bella Vista.

Avec mon fidèle compagnon de raid YP nous nous adonnons au plaisir du jacuzzi en plein air et du sauna ! Quel bonheur !!!

Jusqu’au moment où d’autres Français nous rejoignent dont une créature sans complexe… on ne voit pas que des belles choses en montagne, mais ça fait des trucs à raconter.

Deuxième effet ouha après le Jacuzzi, le repas. Soirée dégustation de Knödel, spécialité Autrichienne. Nous avons eu droit à 4 variétés, à la betterave, à la truffe, aux herbes et nature avec du veau. Un régal qui a bien compensé le fait que nous avons mis 2h pour manger.

Mercredi 27/03, toujours grand beau et tant mieux car cette étape est assez soutenue.

Après une mauvaise nuit car nous étions beaucoup dans le dortoir, nous partons pour le Weisskugel (3739m). Un très joli sommet. L’approche est sublime. On atteint une antécime à ski via une pente raide puis le sommet via une arête alpine mais sans difficulté. C’est un peu en motivant le reste de la troupe que nous nous retrouvons tous au sommet. Que du bonheur !

La descente à Hochjoch Hospitz (2413m) doit avoir laissé des souvenirs dans la tête de tout le monde tant elle était exceptionnelle ! De la poudre et de quoi faire sa trace pendant 15km ! Et tout cela dans un cadre magnifique, des glaciers immenses et des sommets à perte de vue !

Encore une journée inoubliable où tout était réuni mais comme la perfection n’existe pas, il a fallu que la gardienne zap notre réservation. Heureusement qu’il y avait de la place dans le refuge d’hiver…

Jeudi 28/03, toujours et encore grand beau !

Nous avons fait l’ascension très facile du Fluchtkogel (3500m). L’approche s’effectue encore une fois via un glacier de toute beauté, immense, immaculé, vierge de toute trace sauf de la nôtre et celle de tout le monde qui parcourt le même raid.

On arrive au sommet ski aux pieds, le panorama est à pleurer de bonheur. Un bonheur qui ne s’explique pas avec des mots et que seuls ceux qui ont eu la chance de le ressentir peuvent le comprendre. Cependant pour cela il faut de l’humilité et mettre sa fierté de côté car finalement c’est peut-être cela la clef du bonheur en montagne, savoir que l’on a de la chance de pouvoir être là-haut et que cette chance ne tient à pas grand-chose et qu’elle est la somme de beaucoup de chose….

Après cette séquence émotion et philosophie je reprends mes esprits pour la descente au refuge Vernagt (2755m) le dernier de notre raid.

Une bonne bière accompagnée d’un apfelstrudel en terrasse au soleil mettrons une note finale qui frise avec la perfection !

Vendredi 29/03, dernier jour.  Ascension du sommet emblématique de l’Otzal et 2éme culminant Autrichien, le Wildspitz (3774m).

Encore une fois une belle marche d’approche (ou glisse d’approche ?) via un beau glacier. Un court couloir raide nous obligera à mettre les skis sur le sac ce qui pimente un peu la course. L’ascension se fera par une arête mixte facile. Panorama sommitale exceptionnel et à perte de vue. L’affluence gâche un peu le plaisir car nous faisons attention à ne pas se faire bousculer. La redescente se fera de la même manière qu’à un guichet à la poste, on attend son tour et on ne râle pas parce que celui de devant n’est pas à l’aise et prend trois plombes.

On récupère nos skis au pied de l’arête et on redescend dans une ambiance glaciaire monumentale, crevasses, séracs tout est là et tout près !

On remettra les peaux afin de rejoindre un col (3200m) qui est la frontière avec l’Otzal sauvage et la station hyper moderne de Solden (secteur Mittelberg).

Y a plus qu’à se laisser glisser vers la vallée via les superbes pistes. Après 1500m de dénivelé de descente nous arrivons à Mittelberg (1700m). Après 3h de bus nous rejoindrons Obergurgl (1910m) et notre minibus qui nous attendait sagement.

En résumé nous avons parcouru 7200m de dénivelé positif et un peu plus de 90km. Nous avons eu une météo exceptionnelle, seul une journée où nous avons eu un peu de neige mais cela ne nous a pas empêché d’aller au sommet. Les paysages étaient sublimes, les ascensions un poil technique juste pour ajouter du ludisme. Les conditions étaient safe (risque d’avalanche de 1 et les parcours en mixte étaient faciles). On a bien mangé dans les tous les refuges et plus particulièrement à Schöne Aussicht, les dortoirs n’étaient pas au niveau de la Silvretta ou de l’Ortles mais ils étaient largement assez confortables (on a eu droit au refuge d’hiver, à la cave et au grenier).

Je tenais à remercier de tout mon cœur Jean-Claude car j’ai vécu des moments très intenses durant ce raid et j’en aurai des souvenirs inoubliables ! Grace à lui je suis rentré avec ce que je suis parti chercher. Merci.

Plus de photos: https://www.facebook.com/pg/Randonn%C3%A9e-Passion-328659193892041/photos/?tab=album&album_id=2180168758741066


30/03/2019 - Benjamin DESFOSSEZ


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